Festival 2010 - 16ème édition
ÉCRITURES POUR RÉ-INVENTER
« Caminante, no hay camino, se camina al andar »
« Il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant »
Machado
D’un côté, L’AUTOROUTE de la culture de masse, cette « culture qui plaît à tout le monde », mondialisée ; ce soft power (pouvoir doux) qui n’a de doux que le nom, puisqu’il s’agit pour lui de prendre le contrôle de notre imaginaire social en s’ingéniant à nous faire DÉSIRER des modèles de sociétés iniques, anesthésiant ainsi toute interrogation sur leurs fondements.
De l’autre côté, LA ROUTE NATIONALE – notre exception culturelle, notre politique culturelle – pour beaucoup détournée de son efficience par cette manie toute française de répondre à tous les défis par la création de nouvelles « élites ». C’est ainsi que nous pouvons aujourd’hui nous enorgueillir d’une des arTistocraties les plus chics du monde, dont les créations (et leur impact) se retrouvent au final anesthésiées dans l’œuf par des modes de production déterminées par le « milieu culturel », dont l’artiste se fait l’écho plus que du monde et de sa propre intériorité.
Si le théâtre d’aujourd’hui peut tenir son rôle dans la « ré-invention » du monde ,
c’est peut-être quelque part ailleurs, avec ceux dont l’empreinte bruit sur un sentier dessiné par leurs propres pas… Ces MODESTES SENTIERS que nous avons fait le pari d’emprunter, entre l’usine et le jardin du curé ; cette minuscule troisième voie artisanale, de ceux qui ne veulent pas opposer l’écoute infiniment attentive du monde de leur propre aventure poétique. Ceux dont la devise, souvent au détriment de leur confort et au prix de leur solitude, pourrait être : « Pour peu qu’on accepte de se perdre, l’inattendu est au rendez-vous. Pour peu qu’on ose se fier au détour, on fait des découvertes que ne soupçonneraient jamais ceux qui s’en tiennent aux autoroutes. Je cherche les sentiers perdus, qui attendent d’être tirés de leur sommeil » (Henning Mankel, Avant le gel).
C’est avec plus de 60 artistes (comédiens, metteurs en scène, auteurs…) que nous emprunterons cette année ces sentiers buissonniers, entre les mondes du travail, de la psychiatrie, des troubles neurologiques, du langage du corps, de la révolte ; ces sentiers vicinaux, avec 2 pièces made in Bagneux, sans oublier l’ouverture sur le grand large de la créativité sociale avec l’Appel des Appels, au centre du débat « Paroles en Acte »…
Marcos Malavia & Muriel Roland
Directeurs de la Compagnie SourouS.
Les Spectacles du Festival 2010
PSYCHIATRIE/DÉCONNIATRIE
Théâtre Victor Hugo
Nous sommes heureux de retrouver pour la seconde année consécutive (et après moult autres fois…) la verve excentrique et contagieuse du duo Mazzuchini-Valetti, mixée cette année avec celle d’un troisième larron, non moins fou quoique psychiatre, François Tosquelles
Textes : François Tosquelles & Serge Valletti ;
Conception et interprétation : Christian Mazzuchini ;
Collaboration artistique, décors, costumes, jeu : Maryline Le Minoux ;
Images : Karim Dridi :
Création lumière, régie générale & collaboration artistique : Jean-Pierre Chupin ;
Création sonore & musicale : Guigou Chenevier ;
Production : Théâtre des Salins, scène nationale de Martigues ;
Coproduction : Théâtre de Cavaillon, scène nationale, Théâtre du Merlan, scène nationale à Marseille
« Christian Mazzuchini, comédien et metteur en scène, a inventé pendant plusieurs années et dans de nombreuses ville, les Gens d’ici. Un travail théâtral avec des gens « ordinaires », en connivence avec l’écrivain Serge Valletti. Riche de ces partages complices, Mazzuchini tisse aujourd’hui les textes de Valletti avec la parole du psychiatre Tosquelles. Rencontre de trois pratiques – théâtre, écriture, psychiatrie – pour une mise en jeu de l’humain, non plus par l’ordinaire, mais par la folie. »
Céline Delavaux – Cassandre
« Le point de départ, c’est ce que nous raconte François Tosquelles […] sa vie, sa manière de considérer « les fous », sa façon de les prendre en considération. Disons avec une sorte de respect ! J’ai cru comprendre, en le lisant, qu’il avait très peur de les abîmer. Qu’il fallait plutôt se couler dans leurs pensées, les caresser très délicatement dans le sens du poil pour avoir une chance, non pas de les remettre dans un soi-disant bon chemin, mais plutôt réussir à soi-même marcher à leur côté sur les chemins de cette soi-disant folie. […]
En route, donc, pour le tressage mirifique des pensées renversées et renversantes !
[…]Rénovons les substances de nos matières mentales ! Jetons les bases !
Pendons les langues ! Coupons les réponses !Et retrouvons où nous allons ! »
Serge Valletti – juillet 2004
François Tosquelles né en 1912 à Reus (Catalogne), a mis en pratique dans la psychiatrie l’enseignement qu’il avait tiré de Marx, Freud, Reich et Lacan, pour soulager la souffrance de ceux que l’on dit fous.Il travaille dès 1940 à l’Hôpital de Saint-Alban, en Lozère, qui va devenir rapidement le lieu de référence pour la transformation des asiles, puis le lieu d’élaboration théorique et pratique de la psychothérapie institutionnelle, qui se propose de traiter la psychose en s’inspirant de la pensée freudienne de l’aliénation individuelle, et de l’analyse marxiste du champ social. Plus tard, il sera à l’origine d’autres établissements psychiatriques institutionnels, notamment de Laborde (Oury-Guattari).
Serge Valletti aime faire rire. Il manie la langue comme une espèce de chewing-gum, suivant le fil de notre pensée, en zigzag, et celui des idées farfelues qui voyagent quelquefois dans nos esprits embrumés… Son écriture doit beaucoup au goût de la conversation dont font preuve ses personnages, volontiers prolixes et toujours prêts à fournir nombre de détails. Souvent son humour se double d’une nostalgie secrète, de quête intime qui rendent son univers très particulier.
CORpsTeXte
Spectacle conçu et interprété par Marcos Malavia
Samedi 6 novembre 20h30
Maison de la Musique et de la Danse
Composé de textes de Muriel Roland et d’extraits de « Le langage du corps » de Jean-Louis Barrault et des Pantomimes d’Alexandre Jodorowsky pour le mime Marceau
Production : SourouS Compagnie
Spectacle créé le 17 Mars 2010 au Théâtre de l’Épée de Bois, La Cartoucherie
Avec CORpsTEXte, Marcos Malavia signe un hommage tout en intimité à ses maîtres,
tout en révélant leur immense influence sur son propre parcours et sur l’art théâtral en général.
CORpsTEXte alterne des pantomimes écrites par Alexandre Jodorowsky pour le Mime Marceau
Jean-Louis Barrault (1910-1994), Sa rencontre avec E.Decroux chez Charles Dullin, dont il fut l’élève et l’acteur, le pousse à se passionner pour le mime. Figure majeure du théâtre français, il fut acteur à la Comédie Française, avant de fonder sa propre troupe avec sa femme Madeleine Renaud, avec qui il monta d’innombrables pièces et fonda-dirigea plusieurs théâtres (Marigny, Odéon, Orsay, Rond-Point…). Il recherchait un langage de plus en plus corporel dans la lignée d’Artaud.
Marcel Marceau (1923-2007) ou le Mime Marceau est devenu, au fil des ans un des artistes français les plus connus dans le monde, notamment grâce à ses tournées dans le monde entier. Le renouveau de l’intérêt pour le corps dans le théâtre occidental au 20ème siècle ne lui est pas étranger.
Alejandro Jodorowsky, né en 1929 au Chili, réalisateur de films cultes, fondateur avec F.Arrabal et R.Topor du Groupe Panique, romancier, essayiste, poète, prolifique scénariste de bande dessinée, grand spécialiste du tarot divinatoire, fondateur d’une approche qu’il nomme psychomagique , on connaît moins de lui sa facette de mime, et d’auteur de Pantomime pour M.Marceau que CORpsTEXte permet de (re)découvrir.
« Voilà il y a quelque temps, qu’au théâtre, j’essaie de me servir de mon corps comme d’un instrument.
Cette fréquentation quotidienne a fait naître en moi une espèce de sentiment comparable à celui d’une conversion. Je ne parle pas du corps limité à la peau et aux cinq sens, mais au corps intégral, magnétique… Voire mystique !
Ce qui a facilité, disons, notre « rapprochement », c’est la solitude dans laquelle me plonge la société moderne qui, subconsciemment sans doute, s’ingénie à tout casser et à dresser des barrières qui nous séparent de la vraie vie ! … »
(Le langage du corps de Jean-Louis Barrault)
Marcos Malavia, metteur en scène, auteur, et acteur bolivien, entre simultanément en 1983 à l’École Internationale M. Marceau et à la Cie Renaud-Barrault, à Paris. Avec la Cie Sourous, il signe une quinzaine de mises en scène. Il est également auteur de plusieurs pièces de théâtre (Testament d’un rémouleur, Le ventre de la Baleine, La mort du général, Miroir d’un naufragé…), et directeur fondateur de l’ENT en Bolivie.
Petit théâtre de Nous et d’Ici
Petit théâtre de Nous et d’Ici
Second opus de la Trilogie Balnéolaise De Muriel Roland
Dimanche 7 novembre 17h00
CHANTIER DE CREATION Maison de la Musique et de la Danse
Théâtre En-chanté
Déconstruction de la Novlangue urbanistique, Petit théâtre chanté de Nous et d’Ici interroge le sens artistique et social des pratiques théâtrales de proximité, avec des « non professionnels.
Mise en scène : Muriel Roland (assistée de Marie-Hélène Benmaza, pour le groupe d’alphabétisation) ;
Création musicale/piano : Anita Vallejo ;
Auteurs-acteurs amateur : Diamilatou Balde, Conceiçao Duarte, Maria Fernandes, Natalia Nacimiento, Florence N’Decky, Sylviane Nirennold, Filomena Petit, Claudette Rusterholtz Diémé…et d’autres… ;
Acteurs professionnels : distribution en cours. ;
Production : Sourous Compagnie ;
Après Aphasia, 1er volet de la Trilogie Balnéolaise, écrit en 2009, en pleine rénovation urbaine du quartier des Tertres, qui opérait une joyeuse déconstruction de la Novlangue urbanistique, Petit théâtre chanté de Nous et d’Ici interroge le sens artistique et social des pratiques théâtrales de proximité, avec des « non professionnels.
Le matériau premier est l’une des expériences d’où surgit cette interrogation , c’est-à-dire le spectacle réalisé en 2010 avec un groupe de femmes en alphabétisation, qui raconte en chansons comment, se nouant les unes aux autres, les petites histoires du vécu se nouent dans l’étoffe de la Grande Histoire.
Le matériau second, intimement mêlé au premier, est le journal tenu lors de la création sus-citée, le tout tchatché, slamé, chanté… par des acteurs fort concernés par le sujet… Plus, bien sûr, des surprises sur le chantier…
« Le Théâtre, c’est comme la prière. C’est comme ti chasses li démon ».
– Natalia Nacimiento
« Le couteau, c’est tous les mots que j’ai pas dit. Quand on dit pas les mots, il reste le silence et l’oubli. Quand ça devient des mots, ça peut se penser. Sinon, ça reste des couteaux »
– Sylviane Nirennold
« S’en sortir », ils n’ont que ce mot-là à la bouche. Ceux qui réussissent, c’est forcément qu’ils sont ailleurs, là où ce serait mieux. Mais c’est nulle part qu’ils sont, en vrai. Déracinés. Entre les murs de la prison dorée des privilèges de ceux qui « s’en sont sortis »… d’Ici. Bien à l’abri de la galère, mais de la vie aussi. Moi, c’est ici que je veux faire du théâtre, avec vous qui êtes Ici, et qu’on bidouille comme ça un Ici habitable. Qu’on se bricole un NOUS, quoi, dans notre petit théâtre d’Ici. Ce NOUS-Ici,, c’est l’humus d’un songe vraiment commun. HUMUS, humain, c’est ça la racine de l’Ici.
– Muriel Roland
Muriel Roland, formée à l’Ecole Marceau, elle fonde avec M. Malavia, en 1990, la Compagnie SourouS qu’elle co-dirige et au sein de laquelle elle participe à une vingtaine d’aventures de créations comme auteur, comédienne ou metteur en scène, enseignante à l’École nationale de théâtre de Bolivie.
Anita Vallejo, actrice et musicienne, co-fondatrice du mythique groupe chilien Aleph, réside depuis 1976 en France où elle travaille au sein de sa troupe, ainsi que pour de multiples artistes du monde théâtral et cinématographique (A.Mnouchkine, P. Barouh, P. Richard, Y.Montand, R.Doisneau, Cl. Lelouch, Christophe de Ponfilly, Fréderic Laffont) pour qui elle a composé diverses musiques. Elle est une “habituée” du théâtre musical de proximité, où elle accomplit un travail remarquable au sein de la Cie Aleph.
TOUT UN HOMME
>Une histoire de mineurs maghrébins en Lorraine
Lundi 8 novembre 20h30
ÉTAPE DE CRÉATION Théâtre Victor Hugo
Il s’appelle Ahmed. À 16 ans il quitte sa Kabylie natale et s’embarque pour la France. On est en 1963. C’est le début d’une épopée qui le conduira d’Alger à Marseille, de Marseille à Paris, de Paris en Lorraine où il croise les yeux brillants de Leïla, tout juste bachelière, fille de Mohamed, mineur de fond, arrivé en Lorraine en 1947, lequel donne son accord pour les noces et fait embaucher Ahmed à la mine.
Texte et mise en scène : Jean-Paul Wenzel, Avec : Hammou Graïa, David Geselson, Fadila Belkebla ; Musicien : Hassan Abd Alrahman ;
Collaboration dramaturgique : Arlette Namiand ;
Production : Dorénavant Compagnie.
Ahmed, Mohamed, Leila…et les autres, sont des personnages de fiction que j’ai inventés pour les besoins du récit, mais leurs paroles, les épisodes tumultueux, drôles, ou tragiques de leur vie, sont réels, entendus de la bouche même des mineurs que j’ai rencontrés, ou lus dans les dizaines d’entretiens réalisés par Tamara Pascutto et Alexia Serré (université de Metz) : le départ du pays, la traversée, l’arrivée en France, le froid, la première descente au fond, la peur, la solidarité, les fêtes, les engueulades, les accidents, le bruit, la poussière, les enfants, les femmes,les grèves… La puissance d’évocation de ces hommes, de ces femmes, l’énergie considérable de leur parole tendaient les bras non seulement au livre (la commande initiale qui m’a été faite)… mais à la scène ! Voici TOUT UN HOMME… première version créée en décembre 2009 dans une quinzaine de structures des sites miniers mosellans. La création définitive aura lieu en février 2011 au Carreau, Scène Nationale de Forbach.
« Tout un homme,
fait de tous les hommes,
et qui les vaut tous, et que vaut n’importe qui. »
Jean-Paul Sartre
Jean-Paul Wenzel, né en 1947 est auteur, acteur, metteur en scène. Il dirige aux côté d’Arlette Namiand Dorénavant Cie depuis Février 2003. Il fut co-directeur avec Olivier Perrier du CDN Les Fédérés à Montluçon de 1985 à 2002. Formé de 1966 à 1969 à l’École nationale du TNS, il a joué avec les metteurs en scène : Robert Gironès, Peter Brook, Philippe Goyard, Michel Raskine, et au cinéma avec : René Allio, Gisèle Cavali, Aki Kaurismaki, Gérard Blain. Il est auteur d’une douzaine de pièces, éditées et créées en France et à l’étranger. Une bonne trentaine d’années après l’écriture de sa première pièce Loin d’Hagondange et une dizaine d’années après celle de Faire bleu en écho à la première, la Lorraine lui refait signe à propos de l’épopée oubliée ou méconnue de ces jeunes Algériens et Marocains, souvent d’origine kabyle ou berbère, venus en nombre depuis la fin de la guerre et jusque dans les années 80, travailler dans les mines (le dernier puits lorrain a été fermé en 2004) et vivre dans le bassin lorrain.
TOUT FOUTRE EN L’AIR
Texte et mise en scène : Filip Forgeau
Mardi 09 Novembre 20h30
Salle des Fêtes Léo Ferré
Nous avions été très émus l’an dernier par la lecture publique qui avait été donnée de la pièce Désaffecté (J’attends que tu reviennes) que Filip Forgeau avait écrit sur notre quartier en rénovation, alors que nous l’avions invité en « résidence » dans un appartement vidé de la Barre des Tertres avant sa démolition. C’est féroce, mais toujours aussi puissant dans son écriture, qu’il nous revient à Bagneux avec Tout foutre en l’air !…
Texte et mise en scène : Filip Forgeau,
Avec : Laurianne Baudouin, Jérémy Colas, Paul Éguisier,
Filip Forgeau, Soizic Gourvil, Hervé Herpe, Yves-Robert Viala ;
Lumières : Claude Fontaine ;
Son : Fabrice Chaumeil ;
Vidéo : Paul Eguisier ;
Coproduction : Compagnie du Désordre, La Fabrique/Scène conventionnée de Guéret, Théâtre du Cloître/scène conventionnée de Bellac,
En coréalisation avec : Théâtre du Pavé/Toulouse, Cie BDP/Toulouse, Le Tracteur/Cintegabelle,
Avec le soutien de : Ministère de la Culture (DRAC Limousin) et du Conseil Régional du Limousin ;
La Compagnie du Désordre est conventionnée par le Ministère de la Culture (DRAC Limousin).
Quand Berlusconi dit qu’il va prendre à bras le corps le dossier des ordures, Filip Forgeau s’interroge :
Métaphore ou contrepèterie ?
Une farce politique qui nous parle du cynisme et de l’arrogance des nouveaux maîtres du monde.
Mais aussi du rêve intact de ceux qui se battront toujours pour sauvegarder les libertés.
Le nouveau spectacle de Filip Forgeau est un pamphlet énergisant contre les dérives de nos dirigeants
et les abus de notre société.
« Tout foutre en l’air parle d’aujourd’hui et d’hier. De la France et de l’Italie. De la montée, du retour du fascisme. De Vichy et d’aujourd’hui. De Mussolini et de Berlusconi, et d’autres qui finissent souvent en » i « … Des puissants et des misérables. Du pouvoir de l’argent et des nouveaux maîtres du monde… De leur cynisme et de leur arrogance… De la résistance à leur opposer. De ceux qui veulent rester debout. De l’organisation de leur révolte. De leur rêve d’un autre monde possible, berceau de toute révolution. De ceux qui se battront toujours pour mettre au monde leur rêve et sauvegarder les libertés… De ces nouveaux Spartacus ».
Filip Forgeau
La Compagnie du Désordre, résolument tournée vers le théâtre de création depuis 1987, année où elle a été fondée, a monté des auteurs du répertoire, comme des auteurs vivants, dont : Filip Forgeau, Koffi Kwahulé, Eugène Durif, Xavier Durringer, Jean-Paul Chavent, Christian Rullier… Installée en région Limousin, elle se donne plusieurs missions : poursuivre son activité de création et de recherche théâtrale ; poursuivre et approfondir son champ « d’action culturelle » développé depuis de nombreuses années sur les trois départements de la région Limousin sous forme d’ateliers d’écriture, de pratique théâtrale et de stages pour tous les publics (scolaire, universitaire, carcéral, amateur, public des quartiers, à l’hôpital…) ; continuer à être un pont entre tous les « acteurs culturels » (auteurs, metteurs en scène, acteurs, lieux de diffusion…) de la région Limousin et les publics. Elle aide également à la diffusion des écritures contemporaines d’auteurs vivants, à travers la pérennité de la manifestation itinérante, littéraire et théâtrale « Les auteurs vivants ne sont pas tous morts », conçue par Filip Forgeau en 2002.
Filip FORGEAU est un auteur, metteur en scène prolixe dans l’univers du théâtre. Il est également réalisateur, fondateur de la Cie du Désordre et de la manifestation « Les auteurs vivants ne sont pas tous morts » et directeur artistique de La Fabrique/saison culturelle de la ville de Guéret.
CARMENSEITAS
D’après des récits d’ouvrières cigarières
Mercredi 10 Novembre 20h30
Théâtre Victor Hugo
Comme Mérimée, puis plus tard Bizet pour son célèbre opéra, prenant pour modèle de sa Carmen les ouvrières cigarières de Séville au 19ème siècle, Edmonde Franchi nous fait glisser dans la peau de femmes dont une grande partie de la vie s’est passée dans le ventre de la Manufacture de tabac de la Belle de Mai à Marseille. Son texte raconte avec un mélange de délicatesse et de vigueur, l’événementiel et le quotidien, ce qui pèse, ce qui soulage, la lassitude, les collègues, le syndicat, les débuts, l’évolution et la disparition d’un monde. Histoires d’immigration, d’intégration, de luttes pour l’amélioration des conditions de travail, l’égalité homme/femme dans le travail, histoires de solidarité, d’entraide, histoires familiales, histoires d’amitiés et toujours histoires humaines… s’entremêlent… dans un processus cocasse comme l’est la mémoire…
Texte : Edmonde Franchi ;
Mise en scène : Agnès Régolo ;
Lumières : Richard Psourtseff ;
Scénographie : Erick Priano ; Régie : Fréderic Peau ;
Costumes : Virginie BreGer ;
Avec : Hélène Force, Edmonde Franchi, Catherine Lecoq, Tania Sourseva ;
Chants : Michèle Fernandez ; Production : Compagnie Cocktail Théâtre ;
Avec le soutien : Conseil général 13, Conseil régional PACA, ville de Marseille, CUCS, ACSE, Mécènes du Sud, Spedidam et l’absl Zouma-Bruxelles.
Fragmentaire et pluriel, CarmenSeitas est un spectacle qui réunit textes et chants, monologues et dialogues, personnages et allégories, dans une association libre et facétieuse et dans le désir de puiser dans la chaleur de cet héritage, une force qui parfois nous manque.
Edmonde FRANCHI, comédienne, écrit également pour le théâtre (Les Fruits de la passion, la Caresse du Crocodile, Femme d’intérieur, La clinique des mouettes, Cabaret rose et carré blanc,…) et pour la radio (La leçon de Marseillais, La clinique des Mouettes, Pêchers Mortels…). Elle tient durant deux ans une chronique humoristique dans le journal l’Hebdo. Elle co-écrit des opérettes rock avec le groupe Quartiers Nord (Les aventuriers du chichi et 2001 L’Odyssée de l’Estaque, la Pastorale Mauresque) et une revue humoristique pour Canal Marseille Revue express avec Anne Marie Ponsot.
Agnès RÉGOLO est comédienne depuis plus de 25 ans. Elle a également signé plusieurs mises en scène, notamment au sein de la compagnie « Mises en scène » d’Avignon. C’est en 2008 qu’elle réalise pour le CocktailThéâtre la mise en scène de Carmenseitas d’Edmonde Franchi.
Créée en 1985, la compagnie COCKTAILTHÉÂTRE s’est donnée depuis son origine comme axe de travail, la place et la parole de la femme, comme en témoignent ses différentes créations.
©Philippe HOUSSIN
AU PIED DU MUR SANS PORTE
Texte et mise en scène de Lazare
Jeudi 11 Novembre 20h30
Salle des Fêtes Léo Ferré
Invité au printemps dernier à venir partager les derniers jours d’un quartier de Bagneux voué à la démolition, sur une invitation du festival Auteurs en actes, où il avait déjà donné sa pièce Passé-je ne sais où, qui revient, Lazare a résidé pendant une semaine dans la cour de l’école primaire Paul Eluard de la cité des Tertres. Sous le préau de l’école, il a croisé des amis d’enfance, écouté des parents, des enfants, des institutrices.
Avec : Anne Baudoux, Julien Lacroix, Mourad Musset, Claire-Monique Scherer, Claude Merlin , Yohann Pisiou ;
Composition sonore / Musiciens : Benjamin Colin / Frank Williams ;
Lumière : Bruno Brinas ;
Conseil chorégraphique : Marion Faure ;
Conseil scénographique : Marguerite Bordat ;
Organisation : Anne Baudoux ;
Production : Vita Nova, le studio théâtre de Vitry ; Coréalisation : Vita Nova – L’Échangeur à Bagnolet (du 6 au 22/01/2011) ;
Crédit photo : Hélène Bozzi ;
Avec le soutien de la fonderie au Mans.
Le texte a retenu l’attention de la commission Beaumarchais.
Écrit lors d’une lors d’une résidence à l’école Paul Éluard de Bagneux.
Sous le préau de l’école, il a croisé des amis d’enfance, écouté des parents, des enfants, des institutrices. Dialogues ordinaires au milieu d’une immensité jamais inactive. Exploration du monde de l’enfance. Inventaire de « petits » problèmes, ceux de chacun, hésitant, s’approchant ou s’éloignant de la vérité, avec la crainte des uns et l’espérance des autres ; « petits » problèmes auxquels on ne prête pas attention, où se trouvent la subtilité de la haine, du mépris et de l’amour des hommes.
Le chemin qui mène à l’école fait école. La route est de plus en plus longue pour s’y rendre. L’adolescence s’approche et s’installe dans les terrains vagues, halls et caves d’immeubles de la cité du Couvercle.
Le corps de l’enfant change et l’amour reste caché dans les toilettes.
Libellule, au pied du mur, s’initie au contact d’autres « qui ne sont pas » : magiciens, criquets, dealer se prenant pour Al Pacino surveillés par un flic qui voudrait mettre au lit tous les enfants traînant
dehors le soir.
Libellule a 17 ans, il fait des bêtises. Sa mère, femme de service épuisée par la hauteur des murs à lessiver, et sa jeune sœur aux longs cheveux ensorcelés le mettent à la porte. Il dort dans une cave et touche de ses mains les limites de ce qui fait un homme. Ses nuits sont d’incessants cauchemars orchestrés par son double et le spectre de Loula, une jeune fille morte d’overdose. Il tente de regagner le cœur de ses proches et l’appartement familial. Choquée par le destin sordide des enfants du Couvercle, sa mère prend la fuite dans ses rêves, les pieds chaussés de nouvelles bottes. Il trouve du travail et enfile la cote bleue du jardinier.
Lazare a 35 ans, il est improvisateur, metteur en scène et auteur. En septembre 2006, il réunit autour de lui une équipe de six acteurs et présente à la halle Saint Pierre (musée des arts naïfs à Paris) la première ébauche théâtrale d’un ensemble de plusieurs de ses textes réunis sous le nom : Passé – je ne sais où, qui revient.
La compagnie Vita Nova est créée à cette occasion. Aujourd’hui, elle est constituée d’une équipe artistique composée d’acteurs, de musiciens compositeurs, d’une chorégraphe et d’un éclairagiste, et dirigée par Lazare. Cette équipe réunie des artistes de 26 à 40 ans, aux parcours singuliers, provenant de divers horizons, autodidactes ou sortant d’écoles supérieures.
© Hélène BOZZI
L’ENCENS ET LE GOUDRON
Spectacle écrit suite à une longue recherche auprès des patients atteints de troubles neurologiques
Vendredi 12 Novembre 20h30
Théâtre Victor Hugo
« L’Encens et le Goudron » est avant tout un spectacle sur la vie, sur le chemin… Le récit d’une nouvelle naissance après le coma, d’une renaissance. Pour ceux que l’accident a touchés, la vie continue, malgré tout. Les cultures, les milieux, les âges, se mélangent. Les rapports humains, les échanges s’inscrivent dans une vérité sans faux-semblants. Mais à travers le point de vue de cette jeune femme au prénom de fleur, la pièce nous invite à prendre le temps, arrêter de courir, savourer les instants de bonheur… »
Auteur en scène : Violaine de Carné, avec la collaboration de Marie-Paule Ramo ;
Conception et interprétation musicale (harpe) : Isabelle Olivier
en alternance avec (violoncelle) : Véronika Soboljevski ;
Chorégraphie : Yano Iatridès ;
Création vidéo : Gilles Boustani et Jean-Damien Charrière ;
Scénographie : Edith Baudrand ;
Costumes : Sonia Bosc/ Maria Beloso Hall ;
Lumières : Jean-Yves Perruchon/Julien Paulhiac ;
Production : Compagnie Le T.I.R. et la Lyre ;
Co-production : Commune de La Norville ;
Avec le soutien d’Artel 91 pour la diffusion.
« L’Encens et le Goudron », c’est aussi le monde des mots. Sommes-nous les mots que nous prononçons ? Sur scène, une galerie de personnages blessés, que l’on apprend à connaître, à travers leurs troubles langagiers, partagé entre le rire et l’émotion.Et une seule comédienne, Violaine de Carné qui les interprète… »
« L’Encens et le Goudron », c’est enfin, et peut-être surtout, une pièce sur le souvenir et l’odorat, conducteur de notre mémoire… »
La création de L’encens et le goudron fait suite à une longue période de recherche de l’auteur.
L’écriture elle-même s’appuie sur un travail approfondi et sensible de documentation de plus de trois ans.
En rencontrant les patients d’un grand hôpital parisien, en suivant sur place, et durant huit mois, leur rééducation, Violaine de Carné s’est immergée dans les méandres du cerveau pour refaire surface avec un vrai travail de transposition théâtrale pour donner à voir et à comprendre de façon poétique et sensible la réalité scientifique.
Violaine de CARNÉ est auteur, metteur en scène, comédienne. Après une formation classique de trois ans à l’Ecole Supérieure d’Art Dramatique de la Ville de Paris, elle élargit son apprentissage à d’autres formes de théâtre : théâtre de rue, masque, cabaret, clown (Cie Puzzle Théâtre) par le biais de stages et de spectacles. À travers la compagnie le T.I.R et la Lyre, elle est à l’origine de plusieurs créations mêlant théâtre et musique, Revendications Galantes ou le Cabaret des Filles de Joie, et de compositions personnelles dont Choeur d’Artichaut ou l’Alchimie du Goût et Dime que me falta, pour le Festival de Santa Cruz de la Sierra en Bolivie.
MÉTALLOS ET DÉGRAISSEURS
Spectacle autour de la mémoire ouvrière
Samedi 13 Novembre 20h30
Théâtre Victor Hugo
En 1779, le premier haut-fourneau est installé à Sainte-Colombe sur Seine. L’aventure industrielle va résonner dans le village pendant plus de deux siècles. La fabrique a eu jusqu’à 600 salariés sans le milieu des années 1970. Désormais propriété d’Arcelor Mittal, elle n’emploie plus que 50 personnes et ses jours semblent comptés.
Écriture, mise en scène : Patrick Grégoire ;
Jeu, création musicale : Alexis Louis-Lucas ;
Jeu, réalisation des entretiens : Raphaël Thiéry ;
Jeu : Michèle Beaumont, Lise Holin ;
Jeu, scénographie, régie : Jacques Arnould ;
Costumière : Rozenn Lamand.
Cette pièce où la vivacité de l’écriture permet de ne pas tomber dans une nostalgie pesante, où le côté burlesque est omniprésent, expose en 17 tableaux, la vie quotidienne des ouvriers à l’usine, leur vie familiale et sociale, leurs clubs et associations… L’écriture du texte s’est ainsi appuyée sur une série d’interviews réalisées par Raphaël Thiéry auprès d’anciens ouvriers de l’usine, d’un ouvrier de l’usine actuelle, et de quelques encadrants.
Elle est simple, cette histoire. Voire basique.
C’est l’histoire de la grandeur et de la décadence de la métallurgie française, pour faire modeste.
C’est l’histoire de tant d’histoires. De tant de français qui ont cru que l’Histoire était un long fleuve tranquille.
Que l’industrie leur assurerait leur pain quotidien, à eux et à leurs enfants, et qu’il suffisait de s’inscrire dans le mouvement de la dialectique de la lutte des classes, pour arracher aux patrons des avantages qui offriraient à l’enfant du métallo une vie meilleure que celle de son père.
Le foetus mâle, dans le ventre de la femme du métallo, savait qu’il entrerait à l’usine. Peut-être même
savait-il déjà le numéro de la tréfileuse que son père, fier, ému jusqu’aux larmes, lui léguerait le jour de son
départ à la retraite.
“J’avais 58 ans et demi , et j’ai été dégraissé sans être remplacé. J’ai travaillé pendant 30 ans et ce que j’ai fait, ça n’existe plus, c’est rayé d’un trait de plume. Je revois des anciens, on se croise mais je ne parle plus du travail. Non, je n’en parle pas, je ne peux pas en parler ….“
Lucien C.
© Yves NIVOT
Autour du Festival 2010
Paroles en Acte Édition 2010
Débat
Jeudi 11 Novembre 17h
CSC Jacques Prévert
Cette année, pour la seconde année en partenariat avec la Revue CASSANDRE, le débat sera placé sous le signe de l’Appel des Appels, mouvement pour une « Insurrection des consciences ».
Jeudi 11 Novembre 17h
CSC Jacques Prévert
Aujourd’hui connu comme un des points de ralliement, de croisement et de coordination des résistances, l’Appel des Appels se présente lui-même par le texte suivant :
Demain, lorsque la normalisation des conduites et des métiers régnera définitivement, il sera trop tard. Soin, éducation, recherche, justice seront formatés par la politique du chiffre et la concurrence de tous contre tous. Il ne restera plus à l’information, à l’art et à la culture qu’à se faire les accessoires d’une fabrique de l’opinion pour un citoyen consommateur.
Face à de prétendues réformes aux conséquences désastreuses, les contributeurs, psychanalystes, enseignants,médecins, psychologues, chercheurs, artistes, journalistes, magistrats, dressent l’état des lieux depuis leur cœur de métier et combattent la course à la performance qui exige leur soumission et augure d’une forme nouvelle de barbarie.
L’Appel des appels prône le rassemblement des forces sociales et culturelles. Il invite à parler d’une seule voix pour s’opposer à la transformation de l’État en entreprise, au saccage des services publics et à la destruction des valeurs de solidarité humaine, de liberté intellectuelle et de justice sociale. Il témoigne qu’un futur est possible pour « l’humanité dans l’homme ».
Il est encore temps d’agir. L’insurrection des consciences est là, partout, diffuse, grosse de colère et de chagrin. La résistance de ces milliers de professionnels et de citoyens qui ont répondu à l’Appel des appels touche nos sociétés normalisées en un point stratégique. En refusant de devenir les agents du contrôle social des individus et des populations, en refusant de se transformer en gentils accompagnateurs de ce nouveau capitalisme, nous appelons à reconquérir l’espace démocratique de la parole et de la responsabilité. »
Roland Gori ,l’un des initiateurs de ce mouvement, réunira une « palette » d’invités passionnants issus de l’Appel des appels. Un débat qui s’annonce revigorant….
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UN AUTEUR CHEZ VOUS
Actions de proximité
L’une des ambitions majeures d’Auteurs en Acte est de ne pas accepter l’idée, allant de soi pour certains, de l’existence d’un « non public » irréductible, soupçonné plus ou moins tacitement d’être « inapte » au théâtre, pour des raisons sociales ou culturelles, et donnant ainsi au monde du théâtre un prétexte pour s’en désintéresser ou, tout au moins, pour ne pas agir trop énergiquement contre cet état de fait. Notre expérience quotidienne en direction des associations, des amateurs, des habitants des quartiers, … a tellement nourri notre propre parcours de compagnie que nous sommes au contraire convaincu que la vitalité du théâtre lui-même s’enracine dans ce partage commun de pensées, de paroles, d’actes, d’expériences. C’est dans cet esprit que le festival multiplie des actions de proximité en proposant, sous des formes variées, aux auteurs et à leurs textes d’aller à la rencontre des gens dans les lieux associatifs, les appartements, les Centres sociaux, les halls d’immeubles…
P’tit Bal des Métallos
Samedi 13 Novembre 22h15
Théâtre Victor Hugo
Pour poursuivre la soirée, l’équipe des métallos vous convie au « p’tit bal des métallos ». Cornemuses, percussions, accordéon pour un bal trad qui tourbillonne en valses, en cercles, et autres scotish.
Avec : Raphaël Thiéry, Alexis Louis-Lucas, Marie-France et Daniel Raillard
« si vous savez pas danser la polka, on vous montrera ! si vous savez pas danser la bourrée, on vous f’ra montrer ! »
L'Équipe du Festival
Auteurs en Acte est organisé par la Compagnie SourouS en collaboration avec
le Théâtre Victor Hugo et la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Bagneux.
Direction artistique : Marcos Malavia
Conseillère à la programmation : Muriel Roland
Administration : Emilie Bidet
Relations publiques : Caroline Morin, Roselyne Geslot
Conception graphique : Erick Priano
Partenaires du Festival
