Festival 2011 - 17ème édition

« Résonances Latines »

Terroir nomade et multiforme bien plus qu’identité, la latinité est une résonance capable d’entrer en vibration, depuis la source romaine et méditerranéenne, avec les harmoniques du monde entier (amérindiennes, caraïbes, africaines, arabes, juives…) pour créer une mélodie planétaire d’une fertilité culturelle jamais démentie, venant féconder en retour le berceau européen. La latinité, mémoire vibratoire de pans entiers de l’histoire de la diversité culturelle humaine, a su faire de multiples mariages d’amour et d’amitiés au-delà des séquelles traumatiques de l’histoire des conquêtes et des colonialismes. Elle a acquis dans ses périples une souplesse, une richesse polyphonique qui la rend capable de faire des propositions humanistes et fécondes pour résister à la déferlante de l’homogénéisation mondial. Nous aurons notamment la présence, au débat « Paroles en Acte », de ce fécond courant latino-américain du « Buen Vivir », qui propose par des expériences concrètes, un cheminement vers un monde où faire et être prendraient peu à peu le pas sur consommer et avoir, dans l’invention d’un véritable art d’être ensemble, curieusement apparenté à celui recherché par l’aventure théâtrale… Un « bien vivre » non pas opposé aux institutions, nécessaires à la société, mais résistant à l’institutionnalisme, fruit empoisonné d’une confiscation de l’organisme social par l’économisme et l’expertise technocratique, ainsi que l’écrivait le catalan-indien Raimon Panikkar dans son « Eloge du Simple » : « L’institutionnalisme apparaît lorsque l’institutionnalisation absorbe la vie d’une institution. (…) Une institution devrait être non seulement une organisation, mais également un organisme. (…) L’organisme fonctionne quand il y a de la vie. (…) L’organisation a besoin d’un cadre, l’organisme requiert un corps. (…) L’organisme a besoin d’une âme, d’une santé, c’est-à-dire de l’interaction harmonieuse de toutes les parties du tout. Un organisme est plus que la somme de ses composantes et aucun être ne peut être remplacé par un autre qui serait sa réplique exacte, car chacun est unique ». Bien sûr qu’Auteurs en Acte n’épuisera pas en 10 jours cette immensité des Résonances latines, mais cela sera pour le moins une mise en bouche fort appétissante…

Marcos Malavia & Muriel Roland
Directeurs de la Compagnie SourouS.

Les Spectacles du Festival 2011

Mémoire des fosses adréatines

Spectacle
Vendredi 4 Novembre
Théâtre Victor Hugo
20h30

Textes : Ascanio Celestini
Mise en scène : Dag Jeanneret
Compagnie In Situ

Avec Richard Mitou et Gérald Chevillon (clarinettes)
Traduction Olivier Favier
Texte paru aux Editions Espaces 34
Scénographie Cécile Marc
Lumières Christian Pinaud et Christophe Robin
Musique Gérald Chevillon
Crédit photo Marie Clauzade
Production Cie In situ
Coproduction sortieOuest

« Radio clandestine » est la première oeuvre importante d’Ascanio Celestini, qui le consacre comme une personnalité majeure du théâtre-récit italien.
L’argument de « Radio clandestine » est simple : Un homme, le narrateur, s’adresse à une
vieille femme, la toute petite, incarnation du petit peuple romain d’autrefois. Il lui raconte le
massacre des Fosses ardéatines qui, le 24 mars 1944, a coûté la vie à 335 Italiens, résistants, juifs, communistes, mais aussi simples passants, en représailles à un attentat de la résistance perpétré la veille, via Rasella, en plein coeur de Rome. Cet événement est resté un lieu de mémoire pour tous les habitants de Rome. A travers lui, c’est le destin d’une ville et d’un peuple qui nous est raconté.
Ascanio Celestini se sert de ce matériau historique et anthropologique pour raconter la mémoire de sa ville, de son élection au rang de capitale en 1870 aux années de « Rome ville ouverte ». Il s’établit ainsi un dialogue imaginaire avec une “toute petite naine”, incarnation du peuple romain illettré mais poétiquement lucide, toute entière absorbée dans ses difficultés matérielles et si souvent bousculée par le vent peu clément de l’histoire.
Le théâtre-récit
À partir du milieu des années 1990 émerge en Italie un courant de théâtre nommé teatronarrazione, que l’on peut traduire en français par théâtre de narration ou théâtre-récit, porté par des artistes toujours plus nombreux et des générations variées. Cette forme théâtrale épique replace au coeur du dispositif théâtral l’art de l’acteur-narrateur et l’objet que sa parole et son corps engendrent, le récit.

Ascanio Celestini naît à Rome en 1972. Ses études en littérature et en anthropologie à l’Université de Rome lui font aborder le théâtre par une voie parallèle. Il se familiarise ainsi avec la commedia dell’arte et l’art du masque, développant une réelle fascination pour la tradition et les techniques du récit oral. Il s’illustre par un travail d’écriture tout à fait personnel, essentiellement réalisé sur base de témoignages et de rencontres avec des « gens ordinaires ».
Il est fréquemment metteur en scène et interprète de ses propres pièces. Il a reçu en 2002 le Prix de la Critique, décerné par l’Association Nationale des Critiques de Théâtre ainsi que le Prix Ubu pour ses recherches approfondies de l’Histoire dans ses histoires.

Texte: Fernando ARRABAL

Chantier de création
Samedi 5 Novembre
Maison de la Musique et de la Danse
20h30

Mise en scène et jeu : Marcos Malavia
Direction d’acteur : Muriel Roland
Décor et lumières : Valérie Foury et Erick Priano
Compagnie SourouS

« Le Château des Clandestins  » est un théâtre fou, brutal, joyeusement provocateur… Il hérite de la lucidité d’un Kafka et de l’humour d’un Jarry, il s’apparente à Sade ou à Artaud. Mais Arrabal est sans doute le seul à avoir poussé la dérision aussi loin… La carcasse de nos sociétés avancées se trouve carbonisée sur la rampe festive de la révolution permanente :

Un seul personnage : Lerry dans son château des Immigrants. C’est une très belle duchesse.
Décor : Dortoir squatté, qui fut aristocratique, transformé en capharnaüm telle une poubelle renversée.
Deux portes à droite et à gauche. Plusieurs tentes pliables en forme de carapaces de tortue (« quechuas »). Toutes sont minuscules : les plus petites fabriquées. Elles sont « couleur camouflage ». Elles ont beaucoup servi et portent des inscriptions : avec le nom de leurs différents et successifs occupants.
Un lit à baldaquin pour Lerry, très détériore.

LERRY (parle toujours avec un ton d’illuminée).
– Ce sont mes colombes bien-aimées parfumées d’étoiles, ces immigrants sans-papiers réfugiés dans mon château. Ils ont appris qu’on accuse leur leader de terrorisme par pure vulgarité et mesquinerie. Et moi on m’accuse d’avoir une maladie mentale héréditaire et délirante, ce qui est encore plus faux.
Michet est, d’après les autorités, leur très dangereux agitateur. Sa vie est un roman plein d’hallucinations, d’amours, de mystères. Hélas ! Personne n’est parfait. Il dort là-haut à l’étage au-dessus.
Elle montre le plafond.
Lui-même aurait dû être expulsé peu après son arrivée, comme la plupart d’entre eux.
Tir isolé

Marcos Malavia Co-directeur de la Compagnie SourouS, est auteur, acteur et metteur en scène. Il monte ses premiers spectacles en Bolivie puis au Chili. Arrivé en France en 1983, il suit une formation de mime à l’École Marceau. Puis il collabore à la mise en scène de la Compagnie Renaud-Barrault (1986-1988) avant de travailler au CDN d’Aubervilliers auprès d’Alfredo Arias (1987-1990). En 1996, il crée le Festival Auteurs en Acte à l’Isle-sur-la-Sorgue. Il est aussi à l’initiative de la première Ecole Nationale de Théâtre de Bolivie inaugurée en mars 2004, dont il est le directeur artistique.

Fernando Arrabal est né au Maroc peu de temps avant la guerre civile espagnole. La condamnation à mort de son père sous le régime de Franco, commuée en peine d’emprisonnement à vie, puis sa disparition après son évasion de prison, marqueront l’oeuvre du dramaturge . Auteur à succès, Fernando Arrabal est également un cinéaste de talent. Ses recueils de poèmes ont été illustrés par de grands artistes internationaux, parmi lesquels Dali, Magritte, Picasso, Saura… Jouée dans le monde entier, son abondante production théâtrale, mystique et provocatrice, onirique et festive, est un mélange baroque de cruauté et de tendresse.

Création
Dimanche 6 Novembre
Théâtre Victor Hugo
17h00

Texte : Alejandro Jodorowsky
Mise en Scène : Jean-Michel d’Hoop
Avec Cyril Briant, Sébastien Chollet, Pierre Jacqmin, Coralie Vanderlinden

Costumes et marionnettes : Natacha Belova
Musique (composition) : Eric Bribosia
Lumières Nathalie Borlée
Traduction Brontis Jodorowsky
Attachée de production Catherine Ansay
Assistante à la mise en scène Odile Ramelot

Une production de la Compagnie Point Zéro en co-production avec Le Théâtre de la Balsamine et l’Atelier Théâtre Jean Vilar. Avec l’aide du Ministère de la Communauté française Wallonie-Bruxelles- Service Théâtre et de la Cocof

Les Trois Vieilles en Deux Mots : Jodo nous a fait encore un cadeau : un texte inédit. Une création mondiale (jamais vu à la télé quoi !). Impossible de refuser forcément. Voici donc le dernier volet de notre triptyque jodorowskien : Opéra Panique et Les Trois Vieilles sont les volets qui se referment sur l’Ecole des Ventriloques, notre pièce centrale.
Instantanément nos univers se frottent, s’excitent l’un l’autre, des liens se tissent, des ponts se jettent, des pierres s’entassent, des trous se creusent, des avions passent, des idées jouent aux dominos, des canards empaillés s’envolent par-dessus les douves, et, dans un coin du château, de vieilles peaux gémissent et rêvent de fêtes galantes et rôtis succulents.
Une (é)toile mystérieuse pour acteurs taxidermistes, pantins et objets hétéroclites, qui n’auront sans doute rien à envier ni aux monstres de Goya, ni aux surréalistes de tous poils.
Un conte polysémique, une invitation à se méfier des apparences et des histoires de famille, des images d’Epinal et autres « façadismes » de convenance.
Une fable qui joue sur les mythes en les dépiautant, les mâchant et remâchant sans cesse pour en faire une nouvelle pâte et que s’en échappent de nouveaux sens dans une sorte de carnaval rituel.
L’histoire de GARGA, vieille servante centenaire, et de deux jumelles de 88 ans, GRAZIA et MELIZA, aristocrates déchues et décrépies qui rêvent encore au prince charmant. !
Jean-Michel d’Hoop, metteur en scène !!

MELIZA – Si la Sainte Vierge intercède, Dieu peut nous engendrer un fils n’importe où dans le corps, dans une oreille, dans un sein, dans les intestins…

GRAZIA – Ou au centre du cerveau, pour donner le jour comme Jupiter, qui a accouché de Minerve par le crâne !

Alejandro Jodorowsky, dit « Jodo », né en février 1929 à Tocopilla (Chili) est un auteur prolifique : réalisateur, acteur, auteur d’une poignée de films géniaux, ésotériques, surréalistes et provocateurs (El Topo, La Montagne Sacrée, Santa Sangre, …), auteur de « performances » Panique (groupe actionniste qu’il créée avec Roland Topor et Fernando Arrabal). Il est aussi mime, romancier, essayiste, poète et scénariste de bande dessinée, auteur de pièces de théâtre (Opéra Panique, L’école des Ventriloques, Trois Vieilles).

 
 

De Rafael SPREGELBURD

Lecture / Mise en espace
Lundi 7 Novembre
Théâtre Victor Hugo
20h30

Lecture / mise en espace : Marcial Di Fonzo-Bo et Élise Vigier
Compagnie Théâtre des Lucioles
Avec 14 comédiens et danseurs
(Distribution en cours)

Agent théâtral : L’Arche Editeur

La Panique de Rafael Spregelburd est la cinquième d’une série de sept pièces indépendantes groupées sous le nom de Heptalogie de Hiéronymus Bosch. Ce projet, commencé en 1996, s’inspire de La Ronde des sept péchés capitaux du peintre flamand. Le tableau, peint pour être exposé sur une table, représente symboliquement les sept péchés capitaux, en termes assez énigmatiques aujourd’hui et doit être « parcouru » pour être apprécié.
Fasciné par son caractère ludique et par le fait que les clés de sa compréhension ne sont pas immédiatement accessibles, Rafael Spregelburd a conçu une heptalogie de pièces indépendantes mais qui peuvent être parcourues dans l’ensemble. Chaque pièce est associée à un péché, mais, comme dans le tableau, sa lecture n’est pas immédiate.
La Panique correspond à « la paresse », que Rafael Spregelburd entend comme « un manque d’attention pour voir au-delà des apparences, rester dans le banal sans scruter la profondeur mystérieuse et existentielle des choses ».
« Il se produit un jeu entre deux quêtes parallèles qui sont les moteurs de la pièce : la recherche de deux clés, l’une, banale, qui sert à ouvrir la caisse de la banque, l’autre, métaphysique, qui sert à communiquer avec le monde des morts. »
« Dans La Panique, nous avons deux clés…et c’est cette façon de se débattre entre ce qui est banal et ce qui est transcendant (une clé et l’autre) qui « prépare » la perception du spectateur pour des émotions qui sont le produit de sujets très profonds, très obscurs, qui ne trouvent pas encore des mots pour être nommés dans le sens commun. »

Rafael Spregelburd, né en Argentine en 1970, est l’un des représentants les plus brillants de la nouvelle génération de dramaturges argentins. Il a commencé à créer dans les années du retour à la démocratie, après la dictature militaire de 1976-1983. Il a été boursier du théâtre Beckett de Barcelone, auteur en résidence du Deutsches Schauspielhaus d’Hambourg, du Schaubuhne de Berlin et du Kammerspiele de Munich.

Le Théâtre des Lucioles, collectif créé en 1994, regroupe huit acteurs/metteurs en scène issus de la première promotion de l’école d’art dramatique du Théâtre National de Bretagne (Rennes). Dès la troisième et dernière année de formation, la question de créer une compagnie ou plutôt un collectif, émerge. L’envie de continuer à travailler ensemble, sans créer une compagnie exclusive et fermée, ni une communauté. Plutôt l’envie de défendre les
différences, les univers, les qualités et les capacités de chacun, non pas un metteur en scène mais plusieurs selon les envies et les désirs, privilégier les rencontres, re-questionner les créations au fur et à mesure…
Depuis sa fondation, la compagnie a monté plus de trente spectacles, dont plusieurs ont été dirigés par Marcial Di Fonzo Bo et Elise Vigier (Autres pièces de Spregelburd, Copi etc.)

 
 
 
 
 
 

Nouvelles dramaturgies…et autres paysages

Lectures
Mardi 08 Novembre
Salle des Fêtes Léo Ferré
20h30

En partenariat avec
la délégation bolivienne auprès de l’Unesco,
et en présence de S.E. Pablo Groux, ambassadeur.

Le thème Résonances latines nous offre cette année l’occasion de présenter les liens qui unissent la Compagnie SourouS, organisatrice du festival Auteurs en Acte, à sa seconde patrie théâtrale, la Bolivie.
Au cours de cette soirée, nous vous invitons à une promenade littéraire et théâtrale à travers :

  • Des lectures dramatisées d’extraits de pièces boliviennes issues de Hojas volantes (feuilles volantes), projet né du désir de faire connaître les nouvelles dramaturgies latines, avec un premier volet Espagne-Bolivie en 2010 qui a permis la découverte en Europe de la fertile génération de dramaturges boliviens, pour beaucoup issus de la dynamique impulsée par l’Ecole nationale de théâtre. Hojas volantes a donné lieu à l’édition de deux anthologies théâtrales (ed. Teatro del Astillero), à des séminaires de rencontres sous la houlette de la Universidad Carlos III de Madrid et à un festival de Lectures dramatisées au Teatro espanol-Naves del Matadero de Madrid.
  • Des lectures d’extraits des nouvelles boliviennes, L’épidémie de roses de Marcos Malavia, offrant des pétales d’histoires, des nouvelles au parfum de légendes, dans ce mélange de baroque, de mystère et d’humour caractéristique de l’âme bolivienne.
  • Une présentation de la passionnante aventure de la fondation de la première Ecole nationale de théâtre professionnelle de Bolivie, avec discussion et projections. Cette école, fondée à l’initiative de la Cie SourouS en 2004, au Plan 3000, quartier périphérique et populaire de Santa Cruz, est une aventure marquante pour le théâtre bolivien et son engagement dans les grands changements sociaux du pays.
    Toutes ces initiatives s’épanouissent dans le prolongement de l’inépuisable culture bolivienne, souvent méconnue en Europe, à travers laquelle nous fera voyager l’ambassadeur de Bolivie auprès de l’Unesco, Monsieur Pablo Groux, également ancien ministre de la culture du Pays.

La Bolivie, rebaptisée depuis 2009 « Etat pluri-national de Bolivie » reconnait 37 langues officielles, l’Espagnol faisant office un peu comme le latin autrefois, de langue d’échange entre ces différentes « nations », dont chacune est dépositaire d’une riche culture : des Andes à l’Amazonie, on découvre avec émerveillement un luxuriant panorama allant du patrimoine précolombien (Tihahunaco, Incas…), post colonial (architectures métis de Potosi, coloniale de Sucre) , naturel (Lac sacré Titicaca…), immatériel (richesse du baroque métis, né du mariage entre les musiques amazoniennes et européennes au sein des missions jésuites, carnaval andin d’Oruro, culture Kallawaya, peuple de guérisseurs…) pour aboutir au foisonnement de la création contemporaine dans tous les domaines (peinture, littérature, théâtre…), héritière de ce brassage séculaire.

 

De l’incontestable perfidie du sexe féminin

hyster, conférence musicale et argumentée

Conférence musicale et argumentée
Mercredi 9 Novembre
Maison de la Musique et de la Danse
20h30

Texte, montage, interprétation : Muriel Roland
Avec des textes d’Heiner Müller : Rivage à l’abandon, Médée-Matériau et des chansons…
Au piano (arrangements et accompagnement) :
Anita Vallejo
Mise en scène : Marcos Malavia
Lumière : Erick Priano
Coproduction Compagnie SourouS et la Compagnie Aleph- El Duende

Après avoir épuisé ses 37 jours de surgelés stockés dans le congélateur de son appartement du Nième étage de la rue du Chant du Bouc, d’où elle a fait le serment de ne sortir qu’une fois écrite sa première TRAGEDIE, la fameuse dramaturge anonyme ZSB, au bord de la crise de nerf, se débat toujours dans le cloaque de la farce et de la bouffonnerie la plus éhontée, sa plume désespérément bien trempée dans l’encre d’un cabaret peuplée de créatures féminines certes perverses et infâmes, mais tellement « bas de gamme » ! Perfides geishas, fourbes espionnes et cruelles divettes toutes affublées de l’insupportable vice de pousser la chansonnette à tout bout de champ… ZSB, littéralement obsédée par la voix de son auteur fétiche, le vertigineux HM, parviendra-t-elle, en scrutant la généalogie de ces starlettes à deux sous, à retrouver l’ADN de la grande aïeule mythique qui les a engendrée ?

Hyster fait le grand écart entre le cabaret (chansons réalistes « exotiques), l’opéra (Haëndel et Purcell) et les textes d’Heiner Müller Rivage à l’abandon et Médée-matériau. J’ai pu observé que l’éclatement des catégories porté par les textes de Müller , que je tiens avec Rimbaud pour le poète le plus vertigineux de « l’ADN occidental », lui ont fait une réputation d’auteur abscons, accentué par des mises en scène qui l’intellectualisent au point d’étouffer son intense vibration initiatique et que souvent, la lucidité poétique de ses textes est si violente à entendre, que le public a tendance à se braquer… C’est pourquoi j’ai inventé l’histoire suivante, « écrin » cabaret pour l’écriture « Müllerienne » : une auteure dramatique ringarde, suite à une dépression, décide de s’enfermer chez elle dans le but d’écrire sa première tragédie. Mais rien ne vient, sauf des héroïnes de « caf’conc » avec des chansons réalistes, « exotiques », etc. Jusqu’à ce que sous les clichés n’apparaisse, par fragments d’abord, un texte étrange qui se met à la hanter de plus en plus jusqu’à envahir toute la pièce, comme si des « clichés » surgissait le relief et la profondeur de la transe poétique müllerienne.

Muriel Roland crée la Compagnie SourouS avec Marcos Malavia en 1990, au sein de laquelle elle joue et/ou chante dans de nombreux spectacles (Rôle de Marta dans Testament d’un rémouleur, d’Antigone dans Antigone de Brecht, de la femme dans Au bord de la vie de Gao Xingxian, de Gulla dans La Boucherie ardente, de Marie dans Le Roi se meurt de Ionesco etc. Chanteuse dans La java de l’absent, Le cabaret de Quat Sous, écrit des pièces (Clichés, Rosy Belle Caprices et Tentations, Hyster), met en scène (Cargo d’après l’oeuvre d’Heiner Müller, Modernité : Mode d’emploi, cabaret politique d’après de nombreux auteurs), anime des ateliers de pratique artistique, co-dirige le Festival Auteurs en Acte, et est membre fondateur et enseignante de l’Ecole nationale de Théâtre en Bolivie.

Spectacle
Jeudi 10 Novembre
Salle des fêtes Léo Ferré
20h30

Texte : Jose Triana
Mise en scène : Victor Quezeda Perez
Compagnie Umbral

Assistant a la mise en scène : Blaise POUJADE PERROT
Création lumières Cristobal CASTILLO
Conception Décors Fabien HULIN et VQP
Collaboratrice artistique Charlotte PRADEILLES
BEBA Amandine BARBOTTE
LALO Matila MALLIARAKIS
CUCA Tatiana SPIVAKOVA

Dans le grenier du domicile familial, trois enfants s’amusent à jouer le meurtre de leurs parents. Jonglant avec plusieurs personnages imaginaires, c’est inlassablement que Lalo, Cuca, et Beba jouent et rejouent cette mise à mort. Jusqu’où la quête de liberté et la volonté d’anéantir toute forme d’autorité peuvent-elles les mener ? Commettront-ils l’irréparable ?…
Au delà du conflit parents/enfants, La Nuit des Assassins exprime l’impuissance de la révolte de l’homme contre l’oppression et le jeu de miroirs qu’il utilise pour conjurer le destin.
Après avoir exploré le doute de l’artiste (Lorsque cinq ans seront passés de Federico Garcia Lorca), la torture (Victor Jara ou la mort d’un poète de Victor Quezada-Perez), la vieillesse (Petit boulot pour vieux clown de Matei Visniec), le rôle du poète pendant la guerre (Espagne au cœur de Pablo Neruda) et le stalinisme (Histoire du communisme racontée pour des malades mentaux de Matei Visniec), la Compagnie Umbral s’attaque au drame familial à travers l’une des œuvres les plus subversives du célèbre auteur et poète cubain José Triana. C’est d’ailleurs avec son étroite collaboration et son soutien que nous avons le plaisir de vous présenter La Nuit des Assassins.

José Triana est né à Camagüey (Cuba) en 1931. Après ses études, il s’établit à Madrid en 1955 et se consacre au théâtre comme acteur, metteur en scène et dramaturge. Il écrit sa première pièce en 1956, El mayor general hablar de teogonia.
Également poète (premier recueil, De la madera de los sueños, 1958), nouvelliste, essayiste, traducteur (Les Paravents de Jean Genet) et scénariste, José Triana a été professeur d’art dramatique et de littérature à Cuba et aux États-Unis.
En 1965, sa pièce de théâtre, La Nuit des assassins (Gallimard, 1969), reçoit le prix Casa de Las Americas, qui a une résonance internationale et de fortes répercussions en Amérique latine. En 1966, elle est couronnée au VIe Festival du Théâtre latino-américain ; depuis, elle est jouée dans de nombreux pays. Accusé de « subversion idéologique » et victime de la censure, il s’exile à Paris en 1980.

« Pour moi c’est un plaisir de voir les mises en scènes de théâtre réalisées par Victor Quezada-Perez, avec sa troupe, la Cie Umbral. Chacune de ses mises en scènes constitue un véritable accomplissement par sa vigueur, son dynamisme et le sentiment de renouveau permanent. »
José Triana

Ou comment battre tambour quand le cœur bat la campagne
Spectacle
Vendredi 11 Novembre
CSC Jacques Prévert
20h30

De Matéï Visniec
Traduction : Nicolas Cavaillès
Avec : Mr Delagare et Aurélien Rozo

C’EST D’ABORD
Un recueil de poèmes inédits, des poèmes de jeunesse drôles et sensibles, des poèmes d’avant le théâtre qu’il écrit aujourd’hui. Oui, Visniec est l’auteur roumain le plus joué en France. Normal, me direz-vous, il y vit et travaille depuis tellement longtemps qu’il en est devenu français. Eh oui ! Mais savez-vous qu’il est aussi l’un des auteurs d’ici les plus joués là-bas ? Normal, puisqu’il y est né. Avec lui la langue voyage et le français aussi. Bref, ses cheminements sont aussi absurdes que le théâtre qu’il aime, absurde et surréaliste comme son écriture et pourtant tellement simple, vrai et sensible comme sa poésie, et c’est parce qu’elle nous touche qu’elle vous atteindra aussi…

ET AUJOURD’HUI
Je la chante comme un cadeau et je vous l’offre comme la cerise du gâteau d’anniversaire de Matéi. Soyez prêts, même à l’improvisation au détour d’une image ou au retour d’une mélodie « chairement » acquise. Avec mes complices musiciens, nous soulignerons la musique de ses mots par nos phrases musicales comme un don, comme la main bienveillante sur le cœur d’une ville aimée.

DELAGARE C’EST QUOI ?
Une idée qui m’enchante, des pieds à la tête. Je la revêts et, surprise, elle semble m’aller comme un gant. C’est magique ! Ce costume m’attendait depuis trop longtemps. Peut-être que le p’tit père Delagare c’est moi ? Va savoir, en tout cas sous l’impulsion d’une décharge d’adrénaline, l’arc provoqué par la Musique traversant la Poésie me secoue la tête et le corps et c’est parti. Peux pas me contrôler, enfin j’essaie, tant bien que mal, un vrai rodéo. Aux dires de ceux qui assistent, c’est plutôt bien que mal, alors, gourmand, j’enchaîne les expériences avec la complicité de mes compagnons de route, mes anges gardiens : des musiciens complices curieux et attentifs. Je les remercie ici. Sans leur souffle, la poussière des mots serait déjà retombée.
M.A.

Matéï Visniec est né en 1956 en Roumanie. Historien et philosophe de formation, il est très actif au sein de la génération 80 qui a bouleversé le paysage poétique et littéraire de la Roumanie de l’époque. Il croit en la résistance culturelle et en la capacité de la littérature à démolir le totalitarisme.
Il publie ses premiers textes en 1972 puis ses pièces de théâtre en 1977. Il est alors censuré par le régime. Son pays s’enfonce dans la dictature, Matéï Visniec cherche non pas un pays mais une langue d’adoption qui pourra faire entendre sa parole. En 1987, il quitte la Roumanie et arrive en France. Il demande l’asile politique et travaille comme journaliste pour Radio France International.
À ce jour, Visniec compte de nombreuses créations en France et dans le monde, une quinzaine de pièces écrites en français (Les Trois Nuits de Madox, Les Partitions Frauduleuses, Lettres Aux Arbres et Aux Nuages…).

Spectale
Samedi 12 Novembre
Salle des Fêtes Léo Ferré
20h30

Texte : François Chaffin
Texte inspiré du Prométhée enchaîné d’Eschyle

Textes, voix et lumière : François Chaffin
Avec : François Chaffin et Bejamin Coursier

Guitares et boucles : Benjamin Coursier
Esthétique sonore : Denis Malard
Regards et mouvements : Céline Liger
Images projetées : Julien Defaye
Photo et artwork : Bertrand Sampeur, a.k.a. Ernesto Timor
Une production du Théâtre du Menteur.
Co-production : villes de La Norville, Saint-Germain-lès-Arpajon, Arpajon.
Soutiens : Abbaye de Royaumont, Le Tracteur–Cie Beaudrain de Paroi, services culturels des villes de Marcoussis, Cerny, et Vert-le-Petit,
Théâtre du Pavé à Toulouse, du Théâtre de la Grange à Brive-la-Gaillarde, La Loge (Paris).
Le Théâtre du Menteur est subventionné par la DRAC Ile-de-France, le Conseil régional d’Ile-de-France et le Conseil général de l’Essonne.
Le Théâtre du Menteur est en compagnonnage avec les villes de La Norville, d’Arpajon et de Saint-Germain-lès-Arpajon.

“ Sans la lumière, l’existence n’est pas une vie ! J’attendrai l’aube, que le soleil sorte des eaux noires, que la lumière reprenne sa respiration… Casse-toi, rapace, ta voix est tranchante comme ta figure, mon ventre saigne encore… Est-ce que je me suis trompé ?”

Prométhée poème électrique est un texte rythmique écrit pour une bouche et beaucoup de guitares, modulant la voix du Titan revenu nous demander ce que nous avons fait de son feu…
Et parce que jamais l’homme n’a autant confondu la connaissance et le pouvoir, la lumière et le feu, la voix de Prométhée interroge nos faillites contemporaines, s’écorchant aux sons des guitares, dans les pulsations d’une poésie électrique et mal élevée, formant un dit combustible et mélodique…

Prométhée enchaîné est l’oeuvre d’un des plus anciens tragédiens grecs, Eschyle. Cette pièce, vieille de 2 500 ans, met en scène le supplice infligé au titan éponyme, accusé d’avoir volé le feu aux dieux pour l’offrir aux « éphémères ».
Coupable d’avoir instruit les hommes et de les avoir élevés au rang des divinités, il est enchaîné au Caucase pour l’éternité. L’ordre vient de Zeus, roi des dieux et garant implacable des lois du monde.
Mais aux malheureux mortels pas un moment il ne songea. Il voulait au contraire en anéantir la race, afin d’en créer une toute nouvelle. À ce projet nul ne s’opposait — que moi. Seul, j’ai eu cette audace, j’ai libéré les hommes et fait qu’ils ne sont pas descendus écrasés, dans l’Hadès. Et c’est là pourquoi aujourd’hui je ploie sous de telles douleurs, cruelles à subir, pitoyables à voir.
Pour avoir pris les mortels en pitié, je me suis vu refuser la pitié, et voilà comme implacablement je suis ici traité, spectacle funeste au renom de Zeus.

François Chaffin, textes, voix et lumières… C’est l’auteur, le malappris qui s’est emparé de la figure prométhéenne pour la transplanter aujourd’hui, tenter d’interroger notre époque à l’aune de ce Titan qui vola jadis un morceau du feu divin pour en faire don à l’humanité, afin de nous enseigner, de nous mettre en chemin vers la civilisation et le progrès. C’est aussi celui qui sur scène prête voix et corps à Prométhée ; celui qui, avec une modestie toute électrique, baigne le poème dans les lumières du spectacle…

Autour du Festival 2011

Samedi 12 Novembre
Salle des Fêtes Léo Ferré
22h15

Après le spectacle, Prométhée, poème électrique

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Soirée en hommage au poète disparu Alain Leprest


Débat
Vendredi 11 Novembre
CSC Jacques Prévert
17h

 

Débat Paroles En Acte

Avec :
Miguel Benasayag, philosophe et psychanalyste
Eberto Garcia Abreu, dramaturge et critique de théâtre Cubain
Christophe Laurens, Revue Entropia
Daniel Lupo, metteur en scène et directeur du Festival de Formosa en Argentine
Alberto Ruy Sanchez, auteur mexicain

Un indien bolivien est venu à La Paz, de très loin pour vendre 7 magnifiques tissages. Un touriste européen lui propose de tous les lui acheter. L’indien refuse obstinément, même si le touriste propose de monter les prix : « Si je te vends tout maintenant, qu’est-ce que je vais faire le reste de la journée ? » finit par dire l’Indien.La langue française nous rappelle aussi que le commerce est avant tout relationnel voir même « amoureux ». Le Marchand n’est-il pas avant tout un Marchant, un colporteur de culture autant que de marchandises, comme en témoignent par exemple les sublimes caravansérails, hauts-lieux de la pensée et des croisements culturels, qui ponctuent les anciennes routes de la soie, du thé ou des épices ? Rôle oublié du commerce faisant cruellement défaut aujourd’hui à nos « démocraties modernes » appuyées sur de nécessaires « institutions représentatives », mais ayant tendance à oublier que les dites institutions ne peuvent être démocratiques QUE reliées à une vraie vie citoyenne, participative, créatrice. Sans cette nourriture vitale, au fil de dérives qui finissent par mériter le nom de totalitaire, il ne leur reste de « démocratique » que l’appellation (contrôlée…)
Des indignados aux tenants du buen vivir, en passant par les printemps « arabes » et le mouvement de la Décroissance, de plus en plus de voix et d’expériences s’élèvent dans le monde contre cette société de la croissance infinie, « ce voyage qui comprend plus de naufragés que de passagers » comme l’écrit Edgar Morin, détruisant les savoir-faire et les
sagesses traditionnels, confondant rationalité humaine avec rationalisation technologique, détruisant les métiers et la noblesse du travail au profit de « l’emploi » interchangeable, de la compétition de tous contre tous et entraînant le désastre humain et écologique que l’on sait.Dans le théâtre, cet art tellement lié à la naissance de la démocratie et à l’artisanat du « commerce » relationnel, des expériences coopératives de plus en plus nombreuses participent à ce désir de métamorphose, ce mot qui sait réconcilier la radicalité novatrice de la révolution à la conservation de la vie, des cultures, du legs de pensées et de sagesses de l’humanité. Ce buen vivir est-il ou peut-il devenir un modèle pour le développement du théâtre actuel et surtout une façon pour lui de s’adresser au plus grand nombre ?

En prélude aux spectacles, des auteurs seront accueillis dans des lieux associatifs au cours de réunions conviviales. Ce sera l’occasion d’établir un dialogue nécessaire entre les auteurs et le public

L'Équipe du Festival

Auteurs en Acte est organisé par la Compagnie SourouS en collaboration avec le Théâtre Victor Hugo et la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Bagneux.

Direction artistique : Marcos Malavia & Muriel Roland

Administration : Nezha Chami

Relations publiques : Laurenne Fabre et Roselyne Geslot

Conception graphique : Erick Priano

Partenaires du Festival